À Saint-Martin-Osmonville, l’aménagement des mobilités douces prend une importance croissante. En examinant ce sujet, il apparaît clairement que plusieurs facteurs structurent le développement du vélo, de la marche et des circulations partagées dans le village :
  • La sécurité des piétons et des cyclistes dépend de la configuration des voiries et du partage de l’espace avec les voitures.
  • Quelques réalisations locales existent, comme la voie verte de l’Avenue Verte London-Paris qui traverse le territoire, mais elles restent marginales dans le quotidien de la plupart des habitants.
  • L’environnement rural, la dispersion de l’habitat et la prédominance des trajets automobiles constituent un défi pour promouvoir d’autres modes de déplacement.
  • Des initiatives régionales, portées notamment par la Communauté de Communes Bray-Eawy et le Département, proposent des solutions et des plans d’aménagement.
  • Des perspectives existent : apaisement de la traversée du village, amélioration du maillage cyclable, meilleure connexion entre noyaux d’habitat, et sensibilisation à la mobilité active.
  • L’attente d’une transition plus douce et adaptée reflète aussi le désir d’un cadre de vie plus sain, convivial et accessible à tous, jeunes et moins jeunes.
Cette thématique illustre une dynamique locale entre contraintes rurales et attentes de changement, au service du bien-être quotidien et du lien social.

Comprendre la mobilité douce : bien plus qu’une tendance

La mobilité douce regroupe l’ensemble des déplacements non motorisés ou faiblement émetteurs : marche à pied, vélo, trottinette, roller, voire les dispositifs partagés de covoiturage ou les transports collectifs adaptés à la vie rurale (source : Ministère de la Transition Écologique, Dossier Mobilités Douces). Derrière l’expression, il y a l’idée d’un retour à une échelle humaine, du respect de l’environnement (moins de CO2, moins de nuisance sonore), mais aussi le désir de renforcer le lien social au sein du village, le tout dans un climat de confiance et de sérénité sur l’espace public.

L’essor des mobilités actives, partout en France, répond à plusieurs urgences : santé publique, pollution, dépendance à la voiture, isolement des jeunes et des personnes âgées, coût croissant des déplacements quotidiens. Mais en zone rurale, et à Saint-Martin-Osmonville en particulier, ces ambitions se heurtent à des obstacles spécifiques.

Saint-Martin-Osmonville : photographie d’un village où domine l’automobile

Le territoire communal s’étale sur une quinzaine de kilomètres carrés, mêlant bourg et hameaux, espaces agricoles, zones boisées et habitat semi-dispersé. Ce découpage géographique, ajouté à la traversée de la RD 929 et à la faible densité de services sur place, contribue à la forte dépendance à la voiture :

  • 90 % des actifs utilisent leur voiture pour se rendre au travail, d'après l'INSEE et l'Atlas de la mobilité rurale (INSEE, chiffres 2019-2021 pour la Seine-Maritime).
  • Le ramassage scolaire constitue parfois la seule alternative motorisée non individuelle, principalement pour les enfants.
  • Les premières pistes cyclables continues et aménagées sont absentes du périmètre intra-communal, les accotements restent exigus, la vitesse sur les axes rend la marche ou le vélo parfois anxiogènes.

Cette réalité n’est cependant pas immuable. Elle résulte à la fois d’un héritage d’aménagement et d’habitudes, mais aussi d’un manque relatif d’opportunités dans la structuration de l’espace public.

Les réalisations existantes : des points d’appui limités mais essentiels

Saint-Martin-Osmonville n’est pas un désert pour les mobilités douces : quelques initiatives forment des points d’accroche, souvent méconnus des résidents.

  • L’Avenue Verte London-Paris traverse le nord de la commune, participant à une grande continuité cyclable européenne. Si elle attire des cyclotouristes de passage et sert parfois pour relier les villages voisins ou pratiquer la balade familiale, elle reste peu adaptée aux déplacements quotidiens locaux. Son insertion, loin du centre-bourg et coupée des hameaux périphériques, limite sa portée pour les habitants.
  • Les zones apaisées aux abords de l’école : sur le plateau scolaire, quelques aménagements limitent la vitesse et sécurisent le cheminement des enfants et parents piétons, mais l’absence de continuité piétonne ou cyclable jusqu’aux différents quartiers du village persiste. (Source: site de la mairie de Saint-Martin-Osmonville)
  • Quelques accotements élargis ou bandes blanches sur les routes secondaires : ce sont des mesures ponctuelles, insuffisantes pour inciter largement à changer de mode de déplacement, mais qui témoignent d’un début de réflexion autour du partage de la voirie.

Il faut également signaler la présence de quelques arrêts de transport en commun (lignes scolaires, ligne régionale Fécamp – Rouen) qui constituent des relais potentiels, sous réserve d’un accès sécurisé à pied ou à vélo.

Freins et contraintes à surmonter

L’essor des mobilités douces dans un village comme Saint-Martin-Osmonville se confronte à plusieurs facteurs concrets :

  1. Éloignement et dispersion de l’habitat : la distance entre les hameaux peut dépasser 2 km, ce qui incite peu à la marche ou au vélo pour des trajets quotidiens, surtout sans infrastructure directe. (Ministère de la Transition Écologique, 2022)
  2. Desserte des services : la plupart des commerces de proximité, services de santé et équipements sont répartis entre le chef-lieu et la commune voisine (Neufchâtel-en-Bray), renforçant la nécessité d’usage d’un véhicule motorisé.
  3. Manque de « maillage » cylable ou piéton : pas de piste dédiée sur la RD929, traversée principale, ni de « cheminement doux » reliant régulièrement les quartiers au centre-bourg ou à l’école.
  4. Perception du danger : la vitesse des véhicules dans la traversée du village, le manque de visibilité à certains carrefours, les croisements étroits et la raréfaction de l’éclairage pèsent lourd dans le ressenti des potentiels usagers, en particulier pour les enfants et les personnes âgées.
  5. Culture automobile ancrée : le rapport à l’automobile demeure fort dans la sociabilité rurale, la voiture étant signe d’autonomie et souvent perçue comme indispensable.

Des attentes et des envies qui s’expriment

Pourtant, la réalité locale ne se résume pas à ces seules contraintes. Au fil des discussions, des réunions publiques ou des enquêtes sur la mobilité portées par la Communauté de Communes Bray-Eawy (Plan Local de Mobilité 2022), plusieurs besoins émergent :

  • Une demande accrue de sécurisation des entrées de bourg et des traversées piétonnes, notamment autour de l’école, de la mairie et du cimetière.
  • Le souhait d’étendre la zone apaisée autour de l’école à l’ensemble du centre-bourg, avec limitation de la vitesse et chicanes paysagères.
  • Un intérêt pour des itinéraires de balade à pied ou à vélo, balisés et continus, reliant les differents hameaux entre eux et au bourg, pour les loisirs comme pour les trajets du quotidien.
  • Une meilleure connexion de l’Avenue Verte aux habitations et points d’intérêt communaux, pour la rendre praticable par tous, y compris les plus jeunes ou les personnes à mobilité réduite.
  • Des solutions de stationnement vélo sécurisées, pour accompagner l’éventuelle montée en puissance de ce mode de déplacement.
  • Certains habitants envisagent le recours au « pédibus » (accompagnement collectif à pied vers l’école), ou l’organisation ponctuelle d’ateliers de réparation de vélos et de journées de sensibilisation à la pratique du vélo.

Ces demandes modestes traduisent un rapport vivant et évolutif à l’espace public où la recherche de simplicité, de sécurité et de convivialité prime sur le changement radical.

Quels leviers d’action et quelles perspectives pour demain ?

Face à ces constats, des pistes d'action se dessinent, à l'échelle du village et avec l’appui des partenaires institutionnels. Voici les principaux axes retenus par plusieurs collectivités rurales – souvent en coopération avec le Département et la Région – et applicables à Saint-Martin-Osmonville :

  • Création de cheminements piétons inter-hameaux ou de « voies douces » sur des portions aujourd’hui uniquement carrossables. Cela passe par l’aménagement de talus stabilisés, de bandes cyclables, la signalisation renforcée, voire la création de « routes partagées » ou de chemins de traverse.
  • Sécurisation de la traversée du bourg avec abaissement de la vitesse, élargissement ponctuel des trottoirs, création de plateaux surélevés ou de passages piétons clairement identifiés, dispositif déjà mis en œuvre dans des communes voisines comme Buchy ou Sommery (source : Conseil Départemental 76).
  • Amélioration de l’accès à l’Avenue Verte : mise en place de liaisons suffisantes depuis le cœur de village, développement de points d’accueil cyclistes, installation de supports adaptés au stationnement, valorisation de cette voie comme alternative à la route pour des trajets intra-communaux.
  • Mise en place d’une signalétique adaptée pour repérer les itinéraires doux et inciter petits et grands à les utiliser, via des panneaux directionnels et de l’information pédagogique.
  • Appui aux initiatives citoyennes : organisation d’événements thématiques (fêtes du vélo, marches collectives), et soutien logistique aux associations existantes ou à venir.
  • Intégration des mobilités douces dans les nouveaux projets d’aménagement (lotissements, équipements publics), pour garantir l’accessibilité et la sécurité dès la phase de conception.

L’expérience d’autres territoires ruraux, comme le Vexin normand ou le Pays de Bray (Bray-Eawy), démontre qu’un effort progressif, mêlant interventions « légères » (entretien et marquage des accotements, communication permanente) et réalisations plus structurantes (voie verte, traversée apaisée, boucles cyclables), porte ses fruits en matière de fréquentation et d’image du village.

L’avenir : une transition au rythme du village

L’inscription de Saint-Martin-Osmonville dans une dynamique de mobilité douce ne sera ni instantanée, ni uniforme. L’attente locale, dans la diversité de ses besoins et de ses usages, demande des réponses proportionnées et concertées : chaque avancée, aussi discrète soit-elle, contribue à redessiner les contours d’un village où il fait bon se déplacer sans sa voiture, ne serait-ce que pour goûter à la lenteur retrouvée du quotidien.

Le renforcement des mobilités douces repose sur deux piliers : une volonté politique partagée (mairie, communauté de communes, citoyens) et un dialogue attentif avec les usagers, pour ne pas céder à l’effet de mode, ni imposer un modèle unique. C’est ainsi, pas à pas, que Saint-Martin-Osmonville trouvera son chemin – entre histoire, nature et modernité – vers une mobilité plus douce, au service de toutes et de tous.

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